mercredi 15 juillet 2009

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Les curistes séjournant à Dax, les touristes, voire les "festayres"du 15 août, peuvent découvrir, au hasard de leur pérégrinations dans la ville, d'antiques pans de murs et des traces de tours visibles sur la promenade bordant le parc des arènes et la place Saint Pierre. Ce ne sont malheureusement plus que d'infimes vestiges d'une enceinte romaine qui entourait la ville. Mais il faut savoir que jusqu' à la fin du XIXème siècle, Dax était la seule ville de France à avoir conservé presque intacts ses remparts, considérés à l'époque comme « le type le plus beau et le plus complet restant en France des enceintes gallo romaines ».

mardi 14 juillet 2009

Aquae Tarbellicae






Quelques vestiges ont été trouvés à Dax, qui semblent indiquer une occupation humaine très ancienne et l'existence d'une petite cité sur les bords de l'Adour, au milieu des sources d eau chaude.

À leur arrivée en 56 av. J.-C., après la conquête de Publius Licinius Crassus, lieutenant de César, les Romains découvrirent donc sur le site de Dax une cité lacustre sur étang et marais. Elle est alors, avec son oppidum, la capitale du peuple des Tarbelles dont le vaste territoire englobait jadis toute la région maritime de la lande jusqu'à la pointe d'Arcachon, les vallées de la Soule et de la Basse-Navarre, toute la contrée du Labourd et la Chalosse

Les romains s'y établirent, et ses eaux chaudes lui valurent le nom d' Aquae Tarbellicae (Pline- Itinéraire d'Antonin -Ausone).

Dax s'agrandit rapidement et devint un des principaux centres de la troisième Aquitaine, l'une des douze cités de l'ancienne Novempopulanie (Aquitaine des neuf peuples), placée à un carrefour stratégique, au croisement des deux voies romaines importantes qui traversaient l'Aquitaine


dax, carrefour de voies romaines

Avant meme la construction des remparts, la cité de Dax devait avoir deja une certaine magnificence comme le prouvent les débris de colonne en marbre blanc, les débris de sculptures, les frises et hotels votifs paiens, inscriptions lapidaires, médailles et monnaies trouvés noyés dans le mortier des murailles.

Aquae Tarbellica devint Aquae Augusta ( nommée ainsi par Ptolémée) - en l'honneur ,dit-on sans modestie, de l'empereur Auguste qui y serai venu, accompagné de sa fille Julia - et déjà ville thermale. Si la tradition évoque la légende de la guérison du chien d'un soldat romain, et la venue aux bains de l'empereur Auguste et de la fille (en 27 avant JC ?), on sait qu il y avait des romains à Dax dès le premier siècle. Pline l'Ancien lui même y fait allusion.

Aux alentours de la place actuelle de la Fontaine Chaude de 'La Nèhe", rue des Pénitents, rue du Bain, on a trouvé des restes importants des thermes, dont des colonnes de briques, des carrelages et pavages en marbre blanc et gris, mosaïques et carreaux en terre cuite,conduites et fragments de corniches. Dans le quartier, on également été mis à jour des restes d'aqueduc.

Une première enceinte aurait entouré la petite cité autour des thermes et de ses dépendances . Des restes d'épaisses murailles ont en effet été mis à jour en plusieurs endroits du centre lors de la construction des égouts de la ville. Mais cela reste à vérifier et confirmer.

En 1978 et 1979 des fouilles archéologiques ont permis de découvrir au centre de la ville ( rue Cazade et place du Mirail) les vestiges de la partie occidentale d'un vaste monument gallo-romain du II° siècle qui se composait d’un grand escalier, et d’une cella entourée d’une colonnade ou déambulatoire. Ce monument majeur de la ville par son emplacement central et ses dimensions spectaculaire devait être le symbole de la puissance politique de Rome. Il était construit sur un haut podium, rectangulaire monumental et renforcé par une suite de contreforts intérieurs demi circulaires. D'abord interprétés comme les restes d'un temple, il sont aujourd'hui attribués à un forum antique. Ces témoins du passé antique de Dax ont été conservés par l'aménagement d'une crypte archéologique, ouverte au public.

fouilles dites de l'ilôt cental (ph. Club Dubalen)



lundi 13 juillet 2009

l'enceinte gallo-romaine




Les remparts gallo-romains de Dax furent édifiés au milieu du IVe siècle, à l' emplacement de la cité déjà existante

Cette enceinte fortifiée est caractéristique du nouveau type de villes créées par le pouvoir romain dans le climat de peur et l'anarchie militaire provoqués par les invasions et pillages des barbares en 276.



Bâtie dans la plaine bordant la rive gauche de l'Adour, elle formait à peu près un un rectangle perpendiculaire au fleuve, dans l'axe nord Sud . D'un périmètre de 1465 mètres, elle délimitait une superficie de plus de 12 hectares. Au Nord, face au fleuve, le rempart mesurait 330 mètres, et le rempart Sud 280 mètres. Les fortifications Ouest et Est mesuraient respectivement 410 et 445 mètres.

Ce développement , supérieur aux remparts de Périgueux ou Beauvais, semble considérable pour la faible population de la cité de Dax à l'époque. L'espace protégé par l'enceinte fortifiée était loin d'être intégralement construit, et pouvait ainsi accueillir les populations rurales des environs en cas de danger. Cela indique que les ingénieurs avaient l'intention d'en faire une place forte importante sur la route de Bordeaux à Bayonne et l'Espagne




La muraille

Sur des fondations massives en pierre de grand appareil était érigée une muraille de plusieurs mètres d'épaisseur, en petit appareil cubique, coupé plus ou moins régulièrement d'un chaînage de briques horizontal formant un cordon que l'on pouvait suivre au même niveau, tout autour de la ville, sur les tours comme sur les courtines.


Trois rangs de briques formaient en général chaque cordon. Dans un grand nombre d'intervalles, les rangs des pierres de petit appareil étaient au nombre de cinq; dans d'autres, au nombre de sept.





Toute cette construction reposait sur une base constituée par une couche de galets, placés eux-mêmes, dans les endroits marécageux, sur une couche de madriers de bois.

Les murs avaient de 2,5 à plus de 4 mètres d'épaisseur à la base, et une hauteur à peu près partout de 5 à 6m. d'élévation, une dizaine de mètres en partant du fond du large fossé qui courrait autour de l'enceinte. Un talus existait de la base à la partie moyenne des murs, au moyen de retraits ménagés dans la brique de chaque cordon.


L'angle Nord Ouest de l'enceinte fut postérieurement transformé pour faire place à un château érigé vers le XIVème siècle, lui même séparé de la ville par un large fossé . Ce château conserva cependant, coté rivière, la base de la muraille romaine sur laquelle il avait été greffé.


Les tours

Sans défense naturelle, hormis le large fossé, l' enceinte était renforcée et défendue par plus d'une quarantaines de tours ( entre 43 et 46 selon les archéologues) semi circulaires , en demi saillie, de taille différente. Cette profusion par rapport à la longueur de l'enceinte faisait de Dax la place forte la mieux pourvue. ( Pourvue d'autant de tours qu'à Bordeaux qui faisait le double de périmètre. Le double qu'à Périgueux).

L' espacement entre ces tours était très variable , entre 7 mètres et 32 mètres, sans parler des tours accolées.

Seule la partie basse était en maçonnerie pleine d'un blocage à bain de mortier. A l'exception des petites tours pleines du rempart Nord, le reste était creux avec des ouvertures permettant l'entrée depuis l'intérieur de la ville. On suppose qu'il existait, au moins dans les plus grosses, comme les tours d'angle, des planchers intérieurs et au sommet une terrasse soutenue par une voute. La plus belle et imposante était la tour dite "Mirande" à l'angle nord-ouest. On peut encore voir les restes de la tour de "Cuchets" à l'angle nord-est.



tour d'angle Sud-Est ( dessin A. de Caumont )

Les portes

L'enceinte gallo-romaine comportait sans doute quatre portes, encloses entre deux tours fortes et saillantes, chacune s'ouvrant sur l'un des cotés . Mais dès le Moyen Age, en raison de l'édification du château au Nord Ouest, la porte qui donnait accès au pont fut murée et remplacée par une nouvelle décalée vers l'Ouest.

La porte Julia, ouvrant sur le quartier Saint-Pierre, qui desservait le voie romaine de Toulouse, survécut jusqu'en 1872, date de sa démolition (actuel cours Pasteur),  par le seul fait d'avoir été également murée pour changer d'emplacement au XVIème siècle et devenir la porte Saint-Pierre. La porte Saint Vincent, à l'opposé, et la porte Notre Dame au Nord, donnaient accès aux principales rues de la ville. Au Sud était la porte de l'Evêché. Ces portes ont cependant été refaites postérieurement et défendues par des bastions murés. D'autres portes souvent plus récentes correspondaient à de simples passages.



De fait, seule la porte Saint Vincent, donnant accès à la voie de Bayonne, est restée en son emplacement d'origine, et donc la seule des anciennes portes gallo-romaines, du moins dans sa base, les autres ayant été ouvertes postérieurement ou déplacées. 


une reconstitution de la porte Julia en 1933




poterne ( dessin A de Caumont)

Le pont



Face à la Porte Notre Dame et menant à la rive droite de l'Adour et la voie romaine de Bordeaux, il était situé dans l'angle sud-ouest de la cité, et non au centre de l'enceinte

Contemporain des remparts, il faisait partie du système de défense et flanqué de piles en demi-lune appliquées de chaque coté , entre ses cinq arches et aux extrémités. Ce pont a subi par la suite plusieurs modifications: éperon, tour en son milieu, effondrements puis reconstructions, avant de disparaitre, emporté par la crue de 1770, et être remplacé par le pont actuel. Il est cependant probable que le pont romain originel - dit de Montrepoly - se trouvait un peu plus en amont du pont féodal.

dimanche 12 juillet 2009

démolition des remparts






De par sa situation géographique, la cité primitive se révéla vite une ville marchande importante, ce qui lui valut d'être assiégée, attaquée, occupée ou visitée.

Déjà, en 409, Dax subit l'attaque des Vandales. En 414, ce sont les Wisigoths.Viennent ensuite les Francs, les Vascons en 588, les Maures en 732, Charlemagne en 776, Louis le Débonnaire en 812, les Normands en 848., Richard Coeur de Lion en 1175, Jean sans Terre en 1199, Philippe le Bel en 1288, Charles VII en 1442.....

Pourtant, les remparts résistèrent et survécurent au cours des siècles, si bien que, jusqu'au XIXe siècle , à part quelques additions, aménagements et réparations, l'enceinte antique était restée relativement intacte. La seule modification avait été l'adjonction d'un château aux XIII et XIVème siècle.

Classée place-forte de l’État au XVIIe siècle sans modernisation des fortifications, la cité dut ensuite la conservation de ses murailles pourtant obsolètes à la politique d'entretien préventif de l'administration militaire, excluant toute aliénation ou démolition. Bien sur, une série d'ouvrages extérieurs avaient été accolés, notamment pour protéger les portes, comme le bastion Sainte Marguerite, les contrescarpes et ravelins.

A la fin du XVIII ème siècle la ville avait , vue du dehors, un aspect triste et désolé. Si les terrasses étaient plantées d'ormeaux, le haut des tours était en partie tombé, les courtines disparaissaient sous les arbustes., les terrains militaires abandonnés, les fossés affermés comblés.

En 1791, la ville profita des aménagements d'un nouveau pont et une nouvelle entrée plus directe et commode, pour démolir une grande partie du rempart Nord. A cette époque, la ville n’avait pas débordé des limites de son enceinte.

Déclassée en 1804, à l'exception du château, l'enceinte fut récupérée et "réparée" par le génie militaire entre 1833 et 1849.  Celui-ci ne trouva pas mieux que de faire piquer, à grands frais, le parement romain,.  de remplacer l'appareil ancien par de la pierre de Bidache,  avant de crépir le tout au lait de chaux. Ce travail resta cependant inachevé et la moitié des murs restait intacte.

Malheureusement, la place forte qui n 'avait jusqu'alors à craindre que ces réparations maladroites - les militaires avaient entrepris de la consolider par des enduits de plâtre et de chaux cachant les joints et l'appareil gallo-romain - a été déclassée, à la demande de la municipalité en 1850.



La volonté politique locale, dynamisée par la construction de la ligne de chemin de fer de Paris à Biarritz, était en effet de faire disparaître l'enceinte pour laisser place à de nouveaux projets d'urbanisme, d'embellissement de la ville, et mettre en avant les qualités de son thermalisme. On évoqua donc l'insalubrité, la vétusté des canalisations d'eau chaude, l'absence d'égouts , puis le développement du commerce, et la jonction des faubourgs à la ville pour y favoriser l''industrie.

On demanda donc l'autorisation de la faire disparaître et l'administration centrale ne fit aucune difficulté pour l''accorder dès 1850. On entreprit la démolition de la partie sud-est, entre la porte Saint Vincent et la porte de l'évêché, dite porte Dauphine.

Cela ne manqua pas de provoquer chez les archéologues une tardive prise de conscience de la valeur patrimoniale et du caractère antique de ces remparts, devant justifier et assurer leur sauvetage. Certains se sont émus à la perspective de la destruction des murs gallo-romains, à
peu près uniques en Europe, lorsque des voix autorisées protestèrent contre cet acte de considéré comme du vandalisme.

Alors que les travaux de démolition des portes et de quelques tours avaient commencé, diverses protestations et tentatives pour la conservation de ces remparts historiques furent alors faites auprès des autorités et du gouvernement, en particulier par Léo Drouyn, de Bordeaux, et M.de Caumont, directeur de la société française d'archéologie. Léon Drouyn fut le premier. Quand il visita Dax, il trouva la brèche considérable déjà faite à grand peine dans la partie orientale de l'enceinte.

On envisagea un moment de conserver la partie située derrière la cathédrale et la partie sud-est, mais dès 1853, le conseil municipal souhaita l'ouvrir entre la porte saint-Pierre et l'angle.

état de l'enceinte vers 1856 après les premières démolitions

S'ensuivit, entre 1856 et 1858, une suite de débats passionnés à l'échelle nationale entre les défenseurs des intérêts municipaux et les historiens et archéologues désormais convaincus de la valeur d'exemplarité des murailles de Dax. Des pétitions furent présentées, mais faute d'une position tranchée des services de l'État, et en présence des désirs formels de la ville, le classement monument historique proposé ne fut pas adopté. Les travaux continuaient et le Conseil municipal étaitt résolu à ne conserver qu'un simple échantillon des anciens remparts.

Les interventions demeurant sans résultat utile, un éminent archéologue anglais, M. C. Roach Smith accourut même pour joindre ses efforts et organisa en faveur des murailles de la cité une véritable croisade dans la presse anglaise avant de s'adresser à l'empereur lui-même. Il réussit
provisoirement.Le ministre d'État, ordonna, en 1861, de suspendre toute espèce de démolition jusqu'à ce qu'il eût pris des renseignements

En décembre 1861, M. Du Peyrat, inspecteur de la Société française d'Archéoiogie indique que l'œuvre de destruction est arrêtée après qu'on ait eu démoli à peu-près le sixième de la longueur des remparts.

Dans un rapport au ministre, le préfet des Landes rétorqua que l'enceinte avait été presque entièrement reconstruite , soit au moyen-âge, soit dans les temps modernes, et que l'administration municipale avait toujours eu l'intention de conserver la partie des remparts qui offre des vestiges de l'époque gallo-romaine. A l'opposé, les érudits voulaient amener la ville à garder une partie plus importante de ces antiques fortifications, "dût-elle sacrifier pour cela un bout de boulevard qui ne les vaudra jamais comme ornement de la cité ".

M. Mérimée, arguant du peu de moyens d'action dont disposait le Ministre d'État pour assurer la conservation des anciens monuments, estima que, dans la circonstance, il était difficile de s'opposer aux vœux de la population de Dax. Il indiqua donc que le meilleur parti à prendre était de recommander d'épargner la plus grande étendue possible des murailles gallo-romaines encore subsistantes, et d'engager l'administration municipale à recueillir avec soin toutes les indications que pouvait fournir la démolition des autres parties, les anciennes fondations devant exister dans leur état primitif au-dessous des constructions plus récentes - par exemple , examiner si les tours qui flanquent l'enceinte étaient ouvertes ou fermées à la gorge ; rechercher si ...des fragments de sculpture provenant d'édifices plus anciens auraient été employés dans la construction des remparts ; mettre en réserve toutes les inscriptions qui seraient rencontrées , etc. »

En résumé, M. le Ministre de l'intérieur pensa qu'il n'y avait plus lieu dès lors de mettre obstacle à la démolition réclamée par les habitants de la ville de Dax.

Et, de fait, l'enceinte fut démolie presque en totalité entre 1858 et 1876, sans oublier la destruction peu après, du château médiéval, transformé en caserne en 1822, rendu à la ville en 1888 et rasé en 1891 pour faire place à un établissement thermal puis au Splendid-Hôtel, le palace de la ville.

Le peu de vestiges conservé fut classé en 1889.Restent auourd'hui un échantillon d'une cinquantaine de mètres restaurés,au bord de la place des Salines, et la partie nord au bord du parc des arènes, mais enfoncée, découronnée, crépie et couverte de lierre. Le plus intéressant reste la partie située derrière les bains Saint-Pierre

Pour le reste, il suffit de se pencher sur le plan de la ville, pour imaginer la cité gallo-romaine à l'intérieur des boulevards circulaires. C'est elle qui a modelé le tracé des rues, places et maisons, à l’intérieur du mur....et à l'extérieur.

revers de médaille anglaise commémoratrice du succès de M R Smith-1858-




samedi 11 juillet 2009

plan de Dax gallo-romain





plan de Raimond Pottier
(extrait du Buletin Monumental 1879)


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vendredi 10 juillet 2009

cartes et vues de Dax


plan de Classun en 1638 ( source BNF)




Dax au XVIIème siècle
(source Gallica.bnf.fr)




coll. R de Gaignères ( source BNF)




dessin des remparts Sud-Ouest ( L. Drouyn )


vue de Dax en 1707 (source BNF-coll Gaignières)


vue de Dax en 1612





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jeudi 9 juillet 2009

les voies romaines


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les deux voies reliant Dax à Bordeaux à travers les Landes